La plus belle des récompenses (prise en charge de la malnutrition)

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       Un matin de novembre, je fais la connaissance d’Atosha. Elle arrive dans les bras de sa mère, les yeux révulsés en arrière et les bras tombant. On devine parfaitement la forme de ses os sous sa peau dépourvue de muscle. Ses veines du crâne tendent à exploser sur son corps squelettique. Impossible de lui donner un âge ni même de deviner qu’il s’agit d’une petite fille. Elle n’a pratiquement rien reçu à manger depuis des semaines et refuse désormais de s’alimenter. Dans la province du Maniema, l’homme est celui qui manger en premier ; les restes sont partagés entre la mère et les enfants. Lorsque les membres du foyer sont nombreux, les derniers sont oubliés. Ainsi, s’installe la malnutrition. Les enfants qui en souffrent sont fragiles. Ils risquent de mourir d’hypoglycémie, d’hypothermie ou de contracter une infection à tout moment. Souvent, leur peau se desquame et des lésions profondes apparaissent, allant parfois jusqu’aux os. L’image semble insoutenable. Pendant plusieurs semaines Atosha lutte pour rester en vie. Nous la réalimentons dans un premier temps par sonde naso-gastrique en attendant qu’elle accepte de boire le lait thérapeutique. Tous les matins je me presse de voir si elle a survécu durant la nuit. Atosha est une guerrière et ne semble pas décidée à abandonner. Au fur et à mesure, elle retrouve l’appétit et finit par retrouver l’apparence d’une petite fille. Le jour de sa sortie, je la vois sourire pour la première fois ce qui constitue la plus belle des récompenses.

 

 Atosha une semaine après son arrivée puis le jour de sa sortie:

 

        Durant notre mois et demi d’intervention, trois cent vingt-six enfants sont pris en charge aux soins intensifs. Une fois guéris le visage de l’enfant s’illumine et il se remet à rire et à jouer. On oublie l’image du corps sans âme que l’on accueille au premier jour.

Quatorze enfants périssent malgré nos efforts. A chaque fois, les hurlements de la mère nous perforent les tripes.

Je quitte l’intervention la tête remplie de visages souriants, reconnaissants mais aussi de regards tristes et miséreux.

 

Idi pendant l’hospitalisation et à quelques jours de sa sortie :

 

Et tous les autres:

 

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©Anya Erikovna

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